Trop longtemps la philosophie politique ne s'est interessé qu'aux institutions garantissant la justice. À partir des années 90, il est toutefois devenu clair que pour qu'un système fonctionne, il fallait que les citoyens s'investissent, et un grand nombre de théories de la citoyenneté ont été développé. Il s'agissait alors de trouver des solutions au déclin constaté de l'interêt pour la vie publique. Pour plus de détails sur tout cela, je renvoie au chapitre 7 de l'excellente introduction à la philosophie politique de W. Kymlicka : Contemporary Political Philosophy : An Introduction. Aussi interessantes que puissent être toutes ces tentatives pour penser le citoyen dans la théorie politique, il me semble que l'angle même à partir du quel on l'a fait pose problème. Tout d'abord, je ne suis pas certain qu'il y ait effectivement un désinterêt pour la vie publique. Et ensuite, je doute que la philosophie en tant qu'entreprise normative, puisse saisir un fait aussi polymorphe et pluraliste que l'action citoyenne (sauf à changer le paradigme dans lequel elle évolue). La recherche de justification à la participation citoyenne pour convaincre les individus de s'investire dans la vie publique me semble à tout le moins utopiste, voire carrément débile. C'est oublier ce fait essentiel que devrait garder à l'esprit toute personne travaillant avec ou sur les hommes : les gens n'en font toujours qu'à leur tête !
Ces théories de la citoyenneté pourraient avoir leur interêt pour penser Internet, si elles ne souffraient des problèmes que je viens de citer. D'autant que sur Internet peut-être encore plus qu'ailleurs, les individus vivent leur citoyenneté de manière fort différente. Pour cela, justement P. Mathias propose dans son ouvrage Des libertés numériques, non plus de penser Internet à partir de notre concept de citoyen, mais de "construire le concept de l'"e-citoyenneté" à partir des pratiques reticulaires dont nous observons le foisonnement" (p. 113). Si j'avoue ne pas avoir bien saisi ce que Mathias fait de cette idée dans la suite de son livre (peut-être est-ce du au fait qu'il jargonne constamment, et qu'il n'hésite parfois pas à se laisser aller à un lyrisme typiquement post-moderne), l'idée me convient très bien. Plutôt que de chercher à réformer quelque chose à partir de principes normatifs abstrait, il me semble bien plus sain de commencer par voir comment ces choses fonctionnent pour essayer de faire en sorte qu'elle fonctionne au mieux. (J'ai conscience au passage de tenir ici des propos bien hégelien, mais je ne les crois pas complètement incohérent avec un certain nietzschéisme.)
L'action citoyenne sur Internet doit donc être saisie puis pensée à partir des formes multiples que prend sa pratique. Mais si l'on garde à l'esprit que l'Internet n'est que texte, on peut cependant résumer ces pratiques en un slogan : la politique comme conversation. (Cette phrase n'est pas de moi et l'idée est courante. Elle a notamment été reprise par le mouvement "Government 2.0", mais je n'arrive plus à remettre la main sur la source originale.)
Ces théories de la citoyenneté pourraient avoir leur interêt pour penser Internet, si elles ne souffraient des problèmes que je viens de citer. D'autant que sur Internet peut-être encore plus qu'ailleurs, les individus vivent leur citoyenneté de manière fort différente. Pour cela, justement P. Mathias propose dans son ouvrage Des libertés numériques, non plus de penser Internet à partir de notre concept de citoyen, mais de "construire le concept de l'"e-citoyenneté" à partir des pratiques reticulaires dont nous observons le foisonnement" (p. 113). Si j'avoue ne pas avoir bien saisi ce que Mathias fait de cette idée dans la suite de son livre (peut-être est-ce du au fait qu'il jargonne constamment, et qu'il n'hésite parfois pas à se laisser aller à un lyrisme typiquement post-moderne), l'idée me convient très bien. Plutôt que de chercher à réformer quelque chose à partir de principes normatifs abstrait, il me semble bien plus sain de commencer par voir comment ces choses fonctionnent pour essayer de faire en sorte qu'elle fonctionne au mieux. (J'ai conscience au passage de tenir ici des propos bien hégelien, mais je ne les crois pas complètement incohérent avec un certain nietzschéisme.)
L'action citoyenne sur Internet doit donc être saisie puis pensée à partir des formes multiples que prend sa pratique. Mais si l'on garde à l'esprit que l'Internet n'est que texte, on peut cependant résumer ces pratiques en un slogan : la politique comme conversation. (Cette phrase n'est pas de moi et l'idée est courante. Elle a notamment été reprise par le mouvement "Government 2.0", mais je n'arrive plus à remettre la main sur la source originale.)